Elaphe schrenckii Strauch, 1873

Couleuvre de L' Amour

Colubridae, Colubrinae

Sous-espèce : aucune ; les études de An et al. (2010) suggèrent cependant que Elaphe anomala pourrait être reconsidérée une sous-espèce d'Elaphe schrenckii, voire une variation de coloration

Etymologie : nommé en l'honneur du naturaliste allemand Leopold Ivanovitch von Schrenck (1826-1894).

Description

Elaphe schrenckii est une couleuvre massive, la taille adulte est généralement comprise entre 150 et 180 cm. La section de corps est cependant plus elliptique que pour les autres colubridés d'élevage de même corpulence (Pantherophis obsoletus ou Orthriophis taeniurus par exemple).
La coloration adulte est composée d'une couleur de fond noir irisé, parfois brun (semblable à E. anomala) marquée de bandes transversales brunes à grisâtres ou beige à jaune clair voire jaune poussin. Les écailles labiales sont claires, généralement de la couleur des bandes ou plus claires. Les juvéniles ont une coloration distincte. La couleur de fond est marron plus ou moins foncé, marquée de bandes transversales plus claires, beige à grisâtres, et bordées d'une couleur plus sombre. La tête est ornée d'un motif en V bien visible. Le changement de coloration intervient peu à peu entre le 12e et le 18e mois.

Répartition et habitat naturel

Elaphe schrenkii occupe l'est de la Sibérie et le Nord-Est de la Chine, la Corée du Nord et la Corée du Sud, à travers les vallées du fleuve Amour et des rivières Songhua et Ussuri, ainsi que les îlots de la baie de Saliou Petra Velikogo, face à Primorskiy (Russie). La répartition d'E. schrenckii et E. anomala se chevauchent sur certaines zones (notamment en Corée du Sud), et sont certainement propices à l'hybridation naturelle, mais le statut taxinomique de cette dernière espèce reste incertain (voir plus haut "sous-espèce").
L'espèce est rencontrée dans des biotopes modérément humides à humides, en forêts ouvertes et en zones broussailleuses, parfois dans les jardins ou à proximité de zones agricoles. Elle fréquente souvent les abris formés par les cavités des souches ou des troncs. Sa présence près des zones humides lui a valu le nom commun de "serpent d'eau de Mandchourie" dans le Nord de la Chine.

Statut des populations - réglementation

L'état des populations et la tendance globale de ces dernières n'ont pas été évalués par l'UICN. E. schrenckii fait partie de la liste rouge nationale de la Corée du Sud, dans la catégorie "Menacé" (EN) et dans la liste rouge de la Chine dans la catégorie "vulnérable" (VU).
En France, cette espèce est considérée comme non domestique (à l'instar de tous les reptiles), sa détention au sein d'un élevage d'agrément est donc règlementée par l'arrêté du 10 août 2004. Un éleveur amateur peut ainsi posséder des spécimens d'E. schrenckii sans autorisation préalable à condition de respecter les quotas fixés par cet arrêté. Dans tous les cas cependant, la cession et l'acquisition (à titre gratuit ou non) doit être accompagnée d'un certificat de cession sur le modèle du CERFA 14367*01.

Elevage

Cette couleuvre dirune et semi-arboricole a besoin d'espace. Un terrarium de 100x50x50 cm me semble une bonne dimension pour un spécimen adulte, un couple aura besoin de 120x50x50 cm minimum. Le chauffage est modéré pour atteindre 24 à 28 voire 30°C le jour, il est coupé de nuit pour permettre une baisse de température jusqu'à 18-20°C. L'éclairage est fourni par un tube blanc classique, ou par la lumière naturelle si celle-ci est suffisante, pendant 10 à 14 heures par jour.
Le substrat reste sec. On peut utiliser des éclats de bois blancs ou d'écorce de pin, du paillis de chanvre ou lin, des copeaux ou même du papier journal. Les selles ne sont pas liquides comme cela est souvent reporté dans les fiches d'élevage, mais elles sont abondantes : le substrat doit être absorbant ou être changé très régulièrement. L'abreuvoir doit être suffisamment grand pour que les serpents puissent s'y baigner, ce qu'il font souvent en été. De brèves pulvérisations d'eau tièdes peuvent être réalisées de temps en temps pendant la période d'activité.
E. schrenckii est une couleuvre très active en journée : le décor devra en tenir compte car elle bousculera tout ce qu'on mettra dans le terrarium. De fortes branches, bien calées, sont très appréciées par cette espèce qui y passera parfois de longs moments. Des cachettes seront placées en partie chauffée comme en partie non chauffée.
La couleuvre de l'Amour est un mangeur insatiable en captivité, peu exigeante sur son alimentation : souris, jeunes rats, oiseaux et leurs oeufs, lapereaux etc. Il faut dès lors veiller à ne pas la suralimenter afin d'éviter un surpoids néfaste à sa durée de vie et à sa reproduction. Un repas de taille adaptée tous les 7 à 10 jours convient généralement, les femelles en gestation mangeront plus fréquemment mais des proies préférentiellement plus petites.

Reproduction

La reproduction d'E. schrenckii est courante et ne présente aucune difficulté. Une période de repos annuelle est cependant une des conditions de cette réussite : les résultats sont décevants en terme de fécondité voire inexistants lorsque ce repos n'a pas lieu. La période de repos est une période plus fraîche de 2 mois au minimum, qui a lieu en fonction des possibilités de l'élevage et du climat extérieur, généralement entre novembre et février. La température est graduellement abaissée jusqu'à des valeurs comprises entre 10 et 15°C, l'éclairage est réduit au minimum (pas d'éclairage artificiel).
Les spécimens d'E. schrenckii muent généralement rapidement après ce repos, entre 10 et 20 jours après le retour aux conditions d'activité. Les accouplements débutent généralement après la mue de la femelle. De façon générale on introduit la femelle dans le terrarium du mâle. Lorsque le mâle est introduit dans le terrarium d'une ou plusieurs femelles, il commence parfois par se frotter vigoureusement au décor comme s'il voulait se défaire de son exuvie ; peut-être cherche-t-il à "marquer" directement ce nouveau territoire en percevant la présence des femelles. L'accouplement peut être assez énergique : le mâle poursuit la femelle en cherchant à la maintenir au sol, parfois en la mordant. Lorsque la femelle est consentante elle soulève la queue pour permettre la copulation. Celle-ci dure entre 20 minutes et plus de 2 heures. Le mâle conserve son appétit pendant la période de reproduction, contrairement à d'autres colubridés apparentés (Pantherophis, Lampropeltis, Zamenis, par exemple).
La période de gestation est courte, environ 1 mois. La femelle mue 10 à 15 jours avant la ponte : la boîte de ponte doit impérativement être disponble à partir de ce moment. La ponte est composée de 6 à 12 oeufs assez gros (55 x 25 mm, 25 g en moyenne). L'incubation, dans les conditions standards (27-28°C, 80 à 90% d'humidité relative), se déroule sur 50 à 55 jours, parfois moins (minimum : 35 jours, à 30°C). Les juvéniles mesurent 30 à 35 cm et pèsent 15 à 20 g à la naissance, ils sont capables d'ingérer des blanchons à la suite de leur première mue. Leur croissance est rapide, et la maturité sexuelle est atteinte entre la seconde et la troisième année de leur vie (parfois plus tôt, mais cela comporte un risque concret pour les femelles trop jeunes).

Remarques complémentaires

Doit-on écrire Elaphe schrencki ou Elaphe schrenckii ? Schulz (1996) prenait cette espèce en exemple pour indiquer que l'orthographe schrenkii était incorrecte, en tenant compte des règle de la nomenclature zoologique internationale (ICZN) : les noms propres masculins singuliers finissent par -i, sauf s'ils comprennent déjà une terminaison en i (Kawakami par exemple) et auquel cas le i est doublé (kawakamii). Ce serpent étant nommée en l'honneur de Von Schrenck, le nom d'espèce ne devrait comporter qu'un seul -i en suffixe. Strauch, dans sa description originale, a nommé cette espèce Elaphis Schrenckii ; il faudrait alors admettre que Strauch a considéré Schrenck comme un nom latin, schrenkius, ou que le suffixe -ii était une erreur en regard des règles actuelles de nomenclature et qu'il nécessiterait donc une émendation. Or l'article 33.4 des règles de l'ICZN stipule que la subsitution de -ii par -i est considérée comme une orthographe subséquente incorrecte !
Elaphe schrenckii serait donc l'orthographe correcte, il est d'ailleurs intéressant de noter que Schulz (2013) a lui aussi accepté cette graphie dans son livre "Old World Ratsnakes".
Pour simplifier ces situations confuses, la commission de nomenclature zoologique est parvenue à un accord en 1990 : "[...] dans le cas des noms d'espèces dérivant de patronymes finissant par -i ou -ii, les deux orthographes sont considérées comme admissibles sans considération de leur orthographe originale [...]". Conclusion : Elaphe schrencki ou Elaphe schrenckii sont tous deux acceptés, j'ai choisi le dernier parce qu'il est à la fois d'usage prédominant et orthographié selon la description originale.

Bibliographie

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